Pourquoi est-ce si douloureux de quitter son poste ?

Publié le 13 février 2026 à 16:43

Quitter un poste devrait être une décision rationnelle.

On pèse le pour et le contre. On regarde le salaire. On évalue les opportunités.

Mais dans les faits, la première réponse qui surgit est souvent beaucoup plus tranchée :

« Non. Je ne peux pas. Financièrement, ce n’est pas possible. »

La phrase tombe comme une évidence.
Elle clôt la réflexion presque immédiatement.

Et c’est vrai.
Le salaire compte. La stabilité compte. Les responsabilités familiales comptent.

C’est un argument inattaquable.
Personne ne vous dira que vous avez tort de vouloir préserver votre sécurité matérielle.
Au contraire, vous serez même perçu comme responsable, raisonnable, adulte.

Mais dans nombreuses situations, cette réponse agit aussi comme un réflexe de protection. Elle évite d’aller plus loin et d’affronter une question plus inconfortable : qu’est-ce qui me retient vraiment ?

 

Car lorsqu’une transition est préparée, anticipée, structurée, des marges de manœuvre apparaissent souvent. Pas pour tout le monde. Pas dans toutes les configurations. Mais plus fréquemment qu’on ne l’imagine lorsque l’on se contente pas d’un « je ne peux pas ».

Alors si la dimension financière n’explique pas tout, qu’est-ce qui rend le départ si douloureux ?

 


L’usure silencieuse des profils engagés

Toutes les démissions ne se ressemblent pas.

Certaines personnes quittent leur poste avec clarté, parfois même avec soulagement. Elles ont déjà pris de la distance. Leur identité ne repose pas principalement sur leur fonction. Elles ont un projet structuré.

Mais ce n’est pas de ce profil-là dont je parle ici.

Je pense aux cadres engagés.
Aux chefs de service.
Aux managers en position “sandwich”, pris entre une direction exigeante et une équipe qu’ils ont à cœur de soutenir.

Ce sont des profils loyaux, investis, consciencieux. Ils ne font pas les choses à moitié. Leur travail n’est pas simplement un moyen de subsistance ; c’est un espace d’engagement, de responsabilité, parfois même de fierté.

Et c’est précisément pour cette raison que le départ devient complexe.

L’usure ne s’installe pas brutalement. Elle progresse lentement. D’abord quelques tensions supplémentaires. Puis une fatigue qui ne récupère plus vraiment. Des nuits plus courtes. Une irritabilité inhabituelle. La sensation de devoir absorber en permanence les contraintes venues d’en haut tout en protégeant l’équipe en bas.

Pris dans cette pression verticale, ces managers tiennent. Ils compensent. Ils s’adaptent. Parce qu’ils se sentent responsables.

Jusqu’au moment où quelque chose se fissure.

Ce n’est pas toujours spectaculaire. Parfois c’est une désillusion. Parfois une perte d’énergie. Parfois un épuisement plus marqué, voire un burn-out. Mais dans tous les cas, une phrase finit par émerger intérieurement :

"Ce n’est plus possible"


La panique n’est pas économique, elle est identitaire

C’est souvent à cet instant que la peur surgit.

Objectivement, les compétences sont là. L’expérience est solide. Le marché du travail n’est pas complètement bloqué. Des opportunités existent.

Et pourtant, imaginer le départ déclenche une forme de panique.

Parce qu’en réalité, on ne quitte pas seulement un poste. On quitte une identité.

On quitte la version de soi qui a été compétente dans un cadre donné. On quitte un statut. Une place. Une légitimité.
On quitte parfois des signes très concrets de reconnaissance : une voiture de fonction, une carte professionnelle, des responsabilités élargies, des déplacements valorisants.

Ces éléments ne sont pas anodins. Ils consolident un sentiment d’importance, d’utilité, de reconnaissance sociale.

Lorsque l’on envisage de partir, une question plus profonde apparaît :
Qui suis-je sans ce rôle ?

Cette question est rarement formulée aussi clairement. Pourtant, elle est au cœur de l’angoisse.

Face à l’incertitude identitaire, notre cerveau déclenche une alerte simple : danger. Reste ici. Même si tu vas mal, au moins tu sais où tu es.

Le mal familier paraît plus sûr que l’inconnu.


Le risque de la fuite

Pour autant, rester indéfiniment dans une situation qui nous érode n’est pas sans conséquence. L’amertume s’installe. La fatigue devient chronique. Les relations se tendent. L’énergie se réduit.

Mais partir précipitamment n’est pas non plus une solution en soi.

Une transition professionnelle ne se résume pas à changer d’entreprise. Si le départ est uniquement une fuite de la pression actuelle, sans travail de clarification, il y a de fortes chances que les mêmes mécanismes se rejouent ailleurs.

Ce qui fait la solidité d’une transition n’est pas la rapidité de la décision.
C’est la profondeur du travail effectué en amont.

Clarifier son rapport au travail.
Identifier ses limites.
Reconnaître ses compétences transférables stratégiques, relationnelles, organisationnelles.
Redéfinir ses priorités.
Interroger ce que l’on souhaite conserver de son identité professionnelle, et ce que l’on est prêt à transformer.

Ce travail est exigeant. Il demande du temps et de la lucidité. Pour des profils habitués à fonctionner dans l’urgence permanente, ce temps peut sembler inconfortable, voire superflu. Pourtant, il constitue souvent la différence entre une fuite et une évolution réelle.


Traverser la transition avec conscience

Quitter son poste peut être douloureux, non pas parce que l’on manque de compétences ou d’opportunités, mais parce que l’on traverse une transition identitaire.

Et toute transition identitaire mérite d’être préparée.

Partir ne devrait pas être un effondrement. Ce peut être un passage structurant.

mais il faut pas réduire la décision à une simple question financière, ni la précipiter sous l’effet de l’épuisement. Derrière un poste se joue quelque chose de plus intime : la manière dont on se définit, et la manière dont on souhaite continuer à se construire.

Une transition professionnelle est tout d'abord un repositionnement de soi.

Et lorsqu’elle est pensée, structurée et accompagnée, elle peut devenir un véritable point d’appui pour la suite du parcours.


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